État des lieux citoyen de la transition écologique dans un département


Ulysse BLAU

Ingénieur en bioressources et facilitateur, Ulysse BLAU a réalisé un état des lieux de la transition écologique dans le département du Calvados (Normandie) durant lequel il a interviewé un maire par jour pendant trois mois. En tout, 64 maires tirés au sort. L’objectif? Comprendre ce qu’il se passe concrètement dans des communes « normales », en termes de gestion des ressources et d’implication des citoyens



Comment est né ce projet d’état des lieux?

J’ai travaillé plusieurs années à Paris dans le domaine du bâtiment durable où je me suis rendu compte que dans les grandes villes, les projets avançaient extrêmement lentement, tout est très lourd, lent et plein d’inertie. Face à l’urgence, qu’elle soit environnementale, sociale ou climatique, je me suis demandé si des solutions pouvaient venir d’ailleurs, en dehors des grandes villes. Et comme je n’en savais rien, j’ai pensé que la meilleure façon de savoir c’était d’aller directement sur place et de poser la question. Le 10 avril 2019, j’ai pris mon vélo et je suis parti.


Comment avez-vous été accueilli?

L’immense majorité des maires a accepté de me rencontrer, qu’il s’agisse de toutes petites communes ou de la métropole de Caen. Je posais aux élus toujours les mêmes questions, élaborées en amont avec un comité de pilotage que j’avais constitué, composé d’experts, de journalistes, de sociologues et d’un élu. Ce questionnaire, construit pour être solide et non biaisé, garantissait que les réponses du premier maire soient comparables à celles du dernier.


Les questions étaient très terre à terre : "D’où vient l’eau potable qui sort des robinets ?", "D’où vient la nourriture ?", "D’où vient l’énergie ?". L’idée était de revenir à des choses extrêmement concrètes, pour ne pas entrer dans le jeu politique. Je garantissais aux élus l’anonymisation de leurs réponses, ce qui leur a permis de partager plus facilement leurs ressentis et leur vécu.


Pourquoi choisir le Calvados?

C’est la diversité des communes de ce département qui m’a poussé à explorer ce territoire avec lequel je n’avais aucun lien. Des communes au bord de la mer ou dans les terres, des communes touristiques, certaines agricoles, d’autres industrielles, une métropole et des tout petits villages…

Qu’est ce qui ressort de cette étude?

Un élément majeur se distingue dans cet état des lieux : les maires pensent impossibles des choses que d’autres ont réalisées.

Un élu m’explique que pour tout un ensemble de raisons (intercommunalité, financements…), il ne peut rien faire. Mais que dans sa commune, il a quand même réussi à monter un magasin de producteurs. Le lendemain, un autre maire lors de l’interview me dit qu’un magasin de producteur est impossible, mais que dans sa commune il a mis en place une commission avec des habitants. Au fur et à mesure, je réalise que tout ce qui m’est listé par les maires comme « impossible » est réalisé dans une autre commune. Bien sûr, c’est parfois long ou difficile à mettre en place, mais ça n’est pas impossible. Les départements sont riches de ces communes qui, collectivement, le prouvent.


Quelles sont les prochaines étapes?

L’étude a rencontré un grand succès : elle a été téléchargée des dizaines de milliers de fois, partout en France, et a eu beaucoup d’échos dans la presse locale et nationale (http://laRouteenCommunes.fr). Depuis 2020, cette initiative citoyenne, que je n’ai fait qu’initier, continue de vivre partout en France. Des dizaines de citoyens vont poser ces mêmes questions à des maires tirés au sort dans leur département et partagent leurs retours au sein de la communauté de la Route en Communes. La dynamique est lancée !


De mon côté, je suis invité à venir présenter l’étude à des élus, des institutions, des universités mais aussi dans le cadre d’événements qui cherchent à mettre en avant la capacité d’action des élus locaux.


Article rédigé gracieusement par Ulysse BLAU pour le Journal des Départements

Le 17 février 2022 à Vimoutiers

Ulysse BLAU