Chronique parlementaire


Stéphane Sautarel, Sénateur du Cantal
Stéphane Sautarel, Sénateur du Cantal

Lutter contre le réchauffement climatique

La crise sanitaire ne facilite pas le débat pour éclairer les choix que les Français devront opérer lors de l’élection présidentielle d’avril prochain. Nous sommes pourtant rentrés dans la dernière ligne droite qui va nous conduire jusqu’à l’échéance présidentielle dans un contexte plus incertain que jamais, avec un Etat en grande partie exsangue, une Europe qu’on n’influence moins qu’hier et un monde à la fois inquiétant, avec plusieurs foyers d’instabilité, et désormais décentré sur le Pacifique dans le combat que se livre les Etats-Unis et la Chine. Pourtant, nous avons une histoire et une nouvelle aventure à proposer pour peu qu’on sache aborder avec courage et clarté les enjeux qui sont les nôtres.


Sécurité, travail, pouvoir d’achat, énergie, réindustrialisation, santé, école, place et rôle des territoires… figurent parmi les sujets majeurs qui font malgré tout l’objet d’éclairages et de propositions. Pour ma part, je voulais revenir sur une grande orientation présentée l’été dernier et qui est encore trop absente de nos débats. Il s’agit de l’adoption par la Commission européenne de l'outil de la taxe carbone pour s'attaquer au réchauffement climatique. C’est une étape majeure pour atteindre la neutralité CO2 en 2050, conformément à l'Accord de Paris.


Le choix bruxellois, avec ce plan « Fit for 55 », correspond à la préconisation de tous les économistes depuis 1995 et le protocole de Kyoto. Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, il faut les rendre très chers. Le prix est le meilleur outil, comme viennent de le rappeler les économistes Jean Tirole et Olivier Blanchard dans leur rapport. Ce que vient de proposer la Commission dans son plan y correspond : une atrophie programmée des droits à émettre, une hausse régulière de leur prix, un élargissement de son application aux transports et au bâtiment, enfin, et ce n'est pas rien, une taxe à l'importation de produits fabriqués dans les pays ne respectant pas les mêmes règles. Le prix du carbone brûlé sous toutes ses formes (feu industriel, déplacement, chauffage…) a augmenté récemment de 140 % pour s’établir en janvier à 80 euros la tonne, il atteindra bientôt 200 euros. Tout le monde changera alors son comportement, c'est la seule manière sérieuse de programmer la transition et d'arriver au but : une baisse de 55 % des émissions d'ici à 2030 et la neutralité en 2050.


La coïncidence de la sortie du plan de la Commission, net et ambitieux, et du compromis obtenu au Parlement français sur la loi « climat et résilience », est très illustrative d’une politique climatique française qui se perd encore dans les méandres de normes, d'interdits, d'obligations, qui relève d’une politique idéologique qui ne traite pas l’essentiel. La politique écologique et énergétique française doit oublier ses délices punitifs et se concentrer sur deux impératifs : aider les entreprises à devancer les autres sur cette nouvelle route et trouver l'argent pour compenser les perdants, en particulier les PME et les ménages modestes, mais aussi les collectivités territoriales, qui vont devoir payer cher leur essence et leur fioul. Il faut le dire et les accompagner dans cette transition, c’est le rôle du politique.


L'essentiel n'est plus de grignoter sur telle ou telle émission dans tel ou tel secteur, mais de soutenir l'industrie française. C'est une révolution stratégique : ne plus entraver les entreprises, mais les porter. Et il y a de quoi faire. Dans l'énergie pour affirmer enfin la primauté et la pertinence du nucléaire, sans négliger la montée en puissance raisonnée de certaines énergies renouvelables performantes et non idéologiques, en accordant une primeur à l’hydrogène et en veillant à notre mix énergétique. Dans les transports pour que la fin des moteurs diesel et essence dès 2035 ne soit pas un Waterloo. Le défi est redoutable. Il est urgent de trouver les moyens pour aider la filière non seulement à combler ses retards mais à trouver « une avance comparative ». Aux deux groupes français de l'inventer, à l'Etat de les soutenir sans ergoter. A l’Etat aussi de mailler le territoire en bornes électriques, de veiller au maintien de certaines singularités du monde rural et d’assurer pour les personnes physiques et les entreprises une transition réaliste, volontariste et soutenable.


La France peut et doit relever ces défis autour de sa réindustrialisation, d’une politique énergétique compétitive, d’une agriculture raisonnée, d’un modèle social réinventé, d’une politique d’aménagement du territoire ambitieuse et d’un retour à la valeur « travail » permettant de reprendre en main son destin plutôt que de le confier aux autres.

Départementalement vôtre,

Stéphane Sautarel