Chronique Parlementaire

Les enjeux du tourisme de demain


Stéphane Sautarel, sénateur du Cantal

Le tourisme est un domaine économique très transversal, composé d’un alliage diversifié : hébergement, transports, culture…, d’une multitude de clientèles et de territoires, d’une implication forte des acteurs publics. Le tourisme concerne tellement d’acteurs que ses frontières sont floues et ses dynamiques multiples. En France, le tourisme représente près de deux millions d’emplois directs ou indirects et les dépenses de consommation liées au tourisme sur le sol français étaient estimées par Atout France à 170 milliards d’euros en 2019. Le tourisme est aussi un laboratoire qui reflète l’évolution de nos modèles sociaux. S’interroger sur son avenir, c’est s’interroger sur les modèles qui façonneront notre quotidien, nos relations humaines susceptibles de devenir ou non rencontres.


Si l’avenir est pavé de nouveautés et d’incertitudes, les futurs enjeux du secteur ne devraient pas être si éloignés de ceux d’aujourd’hui, même si les crises systémiques que nous connaissons depuis début 2020 viennent interroger le modèle. Sans doute est-ce la manière de les aborder qui évoluera, et ces enjeux prendront certainement de nouvelles dimensions au croisement de tendances lourdes. Sans prétendre à l’exhaustivité, nous pouvons en relever trois.


L’augmentation des flux touristiques tout d’abord. C’est une tendance projetée, avec un nombre de touristes internationaux passé de 50 millions en 1950 à 1,4 milliard en 2018. Ce volume devrait atteindre 2 milliards en 2030 et 3 milliards en 2050. Cette tendance va être affectée par les crises systémiques dans sa trajectoire, peut-être dans son volume, il est trop tôt pour le dire, mais rien n’est moins sûr. Ce mouvement peut aussi durablement ne pas être remis en cause. L’aspiration de chacun à cette découverte et la montée en puissance des classes moyennes dans les pays émergents laissent plutôt à penser qu’il s’agit d’une tendance lourde même si la nature des flux évolue.


La digitalisation des territoires, ensuite, car les territoires sont les premiers supports de l’expérience touristique. Il s’agit d’un mouvement de fond et l’utilisation de la data permettra de repenser les modalités de séjour. De nombreux territoires sont engagées depuis plus de 10 ans dans des démarches de Smart City pour devenir une ville ouverte, connectée et ingénieuse. Logement, circulation, patrimoine… tous les secteurs de la vie urbaine sont concernés et les jeux de données catégorisés. Les territoires ruraux leur ont aussi emboité le pas.


Enfin, les innovations technologiques au sens large, aussi bien en matière de transports que de réalité virtuelle ou d’objets connectés, offriront des opportunités pour repenser les modèles économiques, des pratiques et des offres tournées vers plus de fluidité et de personnalisation, avec l’émergence de « guides » 3.0.


Si l’avenir doit être durable, il nous appartient de repenser les enjeux environnementaux et socio-économiques du tourisme à la lumière de ces trois tendances. Le tourisme serait responsable de 8 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde et des problèmes environnementaux se posent localement. Les fermetures temporaires de sites sont autant de symptômes des excès de croissances non maitrisées. Le tourisme urbain n’est pas en reste avec les débats de la pollution du nombre.


Comment repenser les enjeux environnementaux face à l’augmentation des flux ? On peut les considérer au travers du triptyque des interactions entre locaux, touristes et industries touristiques. Ces enjeux sont d’autant plus cruciaux qu’ils touchent des questions d’emploi, de logement et d’espace public.

Parce qu’il aborde des questions sur l’accès au logement, sur la sécurité, la propreté… et

qu’un nombre croissant de touristes souhaitent vivre leur expérience « comme des locaux », l’enjeu de la cohabitation entre touristes et habitants est important. Du côté des pouvoirs publics, de Venise à Amsterdam, un nombre croissant d’acteurs révise leurs actions par ce prisme, par des campagnes de sensibilisation, de limitation ou de promotion d’offres alternatives. C'est le cas aussi de Paris où des projets contribuent à repenser la promotion de la capitale vers ses quartiers périphériques. C’est aussi le cas des sites emblématiques ou des destinations phares de chaque territoire qui cherchent désormais à essaimer, à offrir de nouvelles expériences, de nouveaux « terrains de jeu » plus vierges. Du coté des professionnels, les frontières tendent à s’estomper, notamment dans l’hôtellerie où des concepts plus inclusifs, portés sur l’entertainment et ouverts à la clientèle locale s’inscrivent comme une nouvelle norme. Dans la foulée du 25hours Terminus Nord, des établissements comme le Grand Quartier, le Mob Hotel, ou JO&JOE symbolisent cette tendance. Les locaux ne seraient-ils pas un nouvel horizon des stratégies de développement touristique sur les territoires ?


Si l’avenir du tourisme est régulièrement et légitimement présenté à la lumière d’innovations comportementales, de nouveaux modèles et de nouvelles technologies, les enjeux soulevés ne manquent pas de réinterroger nos principes de vie commune autour des notions de responsabilisation, d’emploi et d’espace public. Elles interrogent aussi nos politiques publiques dans lesquelles toutes nos strates sont engagées. La promotion et l’image passent par la data, dans laquelle les institutions publiques devraient investir encore davantage pour les partager et les valoriser, mais aussi les rendre accessible pour éviter que d’autres, à l’image de Waze avec les données routières, ne les valorisent à leur place. L’accueil reste territorialisé mais sera à la fois plus collectif, et plus digital. C’est toute une population qui accueille et pas seulement un office du tourisme. La mise en marché nécessite des opérateurs professionnels lisibles et garant de la qualité du produit. C’est cette promesse qu’il faut désormais qualifier et celle-ci sera de plus en plus individuelle, comme une aventure propre à chacun, sur un terrain à la fois vierge et sécurisé.


Départementalement vôtre,


Stéphane Sautarel