COMMUNICATION

Communication politique, entretien avec : Cécile Delozier


Spécialisée en communication, Cécile DELOZIER accompagne des élus dans leur prise de parole partout en France. Elle conseille des élus locaux, des parlementaires mais aussi des candidats aux élections dans leur stratégie de communication et leur capacité à persuader et à convaincre en présentiel ou dans les médias . Sa pédagogie est fondée sur la bienveillance afin de développer la confiance en soi et pouvoir ainsi réaliser des performances .


Cécile Delozier

Comment percevez-vous la nomination d’une femme au poste de premier ministre?


C’est évidemment une bonne nouvelle. A l’heure où les femmes montrent des compétences dans tous les domaines, qu’elles ont conquis des postes de pouvoir en entreprise et en politique, qu’elles prouvent chaque jour leurs capacités , pourquoi les empêcher d’accéder aux postes suprêmes ? Je dirais presque que c’est un non-événement ou plutôt j’aimerais que ce le soit !


C’est-à-dire ?

Je pense qu’en France, dans de nombreux endroits, l’opinion publique a énormément évolué sur cette question. Qu’une femme, Marine Le Pen, parvienne deux fois de suite au second tour des élections présidentielles a beaucoup fait progresser l’idée de pouvoir au féminin. Une femme maire, ce n’est plus un évènement, une femme députée non plus, une femme ministre, ça le devient en fonction du ministère. De toute l’histoire de la cinquième république, une seule femme a été ministre de l’intérieur. Une présidente cela sera la question; et quand, cela sera un évènement.


Pourtant des résistances demeurent …


Si Eric Zemmour considère que le pouvoir « s’évapore » quand il est incarné par une femme, bon nombre de poids lourds de gauche comme de droite continuent de freiner les femmes en politique . Je pense que les échecs de Ségolène Royal en 2007 , d’Anne Hidalgo, de Valérie Pécresse en 2022 ne sont pas liés qu’à des fautes ou erreurs politiques de leur part. .A l’échelon local, je constate encore régulièrement que le plafond de verre bloque l’ascension des femmes. Bien sûr, il y a de l’auto-censure chez elles : « je n’ai peut-être pas les compétences ! ». Bien sûr le syndrome de l’imposteur est une problématique récurrente dans mes coachings : « on m’a donné ce poste mais je ne le mérite pas ! ». Bien sûr il y a une culpabilité quotidienne pour conjuguer vie professionnelle et vie personnelle qui entrave les ambitions . Mais il demeure encore aussi des blocages masculins, des préjugés de l’opinion publique , des « impensés » de l’inconscient collectif !


Est-il possible de mesurer ces freins ?


CD : Certains indices m’interpellent. Aujourd’hui mardi 24 mai , jour où j’écris cet article et plus de 12 jours après la nomination d’Elisabeth Borne comme première ministre , son nom n’apparaît dans les recherches de google qu’ après avoir tapé « Elisabeth B » , ce qui est très tardif. Certes Elisabeth Borne souffre d’un manque de notoriété mais ce n’est pas la seule explication . Par comparaison , on trouvait Edouard Philippe ou Jean Castex, pas plus connus qu’elle du grand public, dès les deux premières lettres de leur prénom , presqu’immédiatement ! Qu’est-ce à dire ? Elisabeth Borne a bien été nommée première ministre mais l’inconscient collectif ( traduit par Google) n’avait rien retenu de sa brillante carrière précédent cette nomination? Le passé nous a montré hélas que dès lors qu’une profession se féminise , elle se dévalorise financièrement et perd en considération . Serait-ce encore le cas ?


Ce constat est bien pessimiste….


Je ne veux pas l’être ! Il faut se placer au niveau symbolique. Qu’apporte cette nomination dans la vie publique ? D’abord elle vient dire au monde entier la légitimité des femmes à des postes prestigieux . Au moment où l’Afghanistan interdit l’instruction et le droit de disposer de soi aux femmes , c’est-à-dire à la moitié de l’humanité, c’est un message qui honore la France et qui renoue avec les messages universalistes qui font l’aura de notre pays dans le monde. Cette nomination vient également parler aux Français dans leurs croyances les plus ébranlées sur leur modèle républicain. L’itinéraire d’Elisabeth Borne ( orpheline de père, pupille de la Nation, boursière, polytechnitienne) n’est pas celui d’une enfante gâtée . Il vient prouver que l’ascenseur social peut fonctionner , que la solidarité reste une valeur fondamentale de notre pays, que le mérite y est reconnu et que réussir se conjugue désormais au féminin!