COMMUNICATION - Entretien avec Cécile DELOZIER


Spécialisée en communication, Cécile DELOZIER accompagne des élus dans leur prise de parole partout en France. Elle conseille des élus locaux, des parlementaires mais aussi des candidats à l’élection présidentielle dans leur stratégie de communication et leur capacité à persuader et à convaincre en présentiel ou dans les médias . Sa pédagogie est fondée sur la bienveillance afin de développer la confiance en soi et pouvoir ainsi réaliser des performances .


La Rédaction : Même si tous les candidats ne sont pas déclarés, la campagne est bien lancée. Que pensez-vous des meetings ?

Cécile Delozier : Ils sont un des exercices attendus d’une campagne électorale. Malgré tous les outils de communication digitaux qui deviennent de plus en plus prépondérants dans les stratégies de campagne, la confrontation directe du candidat avec les électeurs demeure essentielle. Que ce spectacle vivant survive malgré la crise sanitaire, les réseaux sociaux et même la télévision est une bonne nouvelle car la politique est avant toute chose une rencontre physique et je dirais charnelle entre un leader et des citoyens. Comme sur une scène de théâtre, rien ne remplace cette rencontre vivante où les personnalités se révèlent, se connectent avec leur public, manifestent leur leadership et leur force d'entraînement !


LR : Pour prétendre exercer la fonction suprême, il faut donc posséder ces qualités d’orateur et de leadership.

CD : Oui, sans nul doute. Quand on a dit cela, il faut pointer du doigt immédiatement la différence qui existe entre la conquête du pouvoir et l’exercice du pouvoir. Les qualités requises pour diriger un pays sont différentes de celles en jeu pendant une campagne. Il s’agit de qualités intellectuelles d’analyse, de connaissance des dossiers, de réflexion qui doivent servir la vision politique d’ensemble du candidat. Or pour pouvoir remporter l’élection, il faut être capable « d’emporter » son public vers cette vision. Pour ce faire, il faut des qualités d’orateur, d’incarnation et aussi d’interprétation . Ce qui nécessite des compétences très spécifiques…


LR : C’est ce qui a manqué à Valérie Pécresse à Villepinte lors de son meeting?

CD : Le cas de Valérie Pécresse illustre bien cette dichotomie entre la conquête du pouvoir et l‘exercice du pouvoir. A la présidence de la région Ile De France dont, rappelons-le, le budget est semblable à celui d’un pays européen, cette candidate a un très bon bilan politique. Son action de présidente, son pragmatisme, son opiniâtreté sont reconnus.

Pourtant elle est sortie affaiblie par ce meeting parce qu’il lui a manqué des qualités oratoires. Pire, on a plaqué sur elle des techniques d’interprétation à rebours de sa personnalité. On a dit beaucoup de choses sur ce meeting , je dirais simplement que pour convaincre il faut ressembler à ce que l’on dit. C’est ce qu’on appelle la congruence c’est-à-dire l’harmonie qui existe entre les convictions, le discours et l’image d’un locuteur. Le ton emphatique, lyrique, surjoué qu’on lui a imposé est en totale discordance avec sa nature . C’est une femme courageuse, solide, carrée qui dégage un style classique et bourgeois. Ce n’est pas un handicap ! Ce qui a été manqué, c’est cette incongruité entre sa personnalité et ce discours proféré au prix d’efforts surhumains parce que contre-nature. Ce format de meeting ne lui convenait pas.


LR : Qu’aurait-il fallu faire ?

CD : Valérie Pécresse a des qualités de débatteuse qu’elle a su utiliser pour gagner la primaire à droite . Je pense qu’un meeting avec un discours bref suivi d’un échange avec le public et ses pairs l’aurait plus mise en valeur. C’est d’ailleurs le format qui a été choisi pour son déplacement au Cannet et qui a été très réussi ! Dans ce cadre, elle a pu manifester ses qualités de femme politique engagée et courageuse . Malheureusement cet événement n’a que trop peu été relayé par les médias…


LR : Voulez-vous suggérer que cette candidate subit un traitement négatif par les médias ?

CD : Non. Ce que je veux dire, c’est que la politique est éminemment cruelle, que les fautes de parcours sont plus « vendeurs » que les réussites. Souvenons-nous d’ Emmanuel Macron s’égosillant à prononcer sa phrase « parce que c’est notre projet ». Il fut la risée des médias mais … gagna les élections ! Pas un seul homme politique ne peut se prévaloir de la perfection. Les jeux restent ouverts. Que les qualités de gouvernants et de candidats de chaque concurrent se manifestent ! Et que le meilleur gagne !