Communication politique, entretien avec : Cécile Delozier

Spécialisée en communication, Cécile DELOZIER accompagne des élus dans leur prise de parole partout en France. Elle conseille des élus locaux, des parlementaires mais aussi des candidats à l’élection présidentielle dans leur stratégie de communication et leur capacité à persuader et à convaincre en présentiel ou dans les médias . Sa pédagogie est fondée sur la bienveillance afin de développer la confiance en soi et pouvoir ainsi réaliser des performances .

Comment voyez-vous le traitement de la guerre Ukraine ?

CD: Ce qui me frappe dans toutes les images que nous voyons, c’est l’effet de résonance avec d’autres images… Celles que nous avons tous en tête pour les avoir étudiées en classe à l’école ou vues dans des films de fiction .

Du point de vue de la communication, on peut s’intéresser aux récepteurs de ces images que nous sommes . Aucun d’entre nous n’est « vierge » d’images. Nous sommes assaillis par ces dernières du matin au soir depuis notre enfance et cela crée un contexte de réception particulier. Notre jugement est façonné quotidiennement par ces messages que relaient les images.


L’exode face à une armée étrangère, un envahisseur, c’est « l’occupation » de l’Ukraine qui se profile. Cela convoque dans notre inconscient collectif toute l’histoire de la seconde guerre mondiale.


D’autant plus qu’un des protagonistes a déjà occupé la moitié Est de l’Europe. C’est ça qui nous fait réagir différemment que face à l’exode dû à une guerre civile qui elle rappelle le douloureux rapatriement d'Algérie. Ce n’est pas une hiérarchisation entre humains qui se joue mais la convocation d'épisodes différents de notre histoire dans notre inconscient avec le cortège de croyances qui leurs sont liées.

Cela signifie que toute communication est une communication contextuelle.


Cela veut aussi dire que les Russes, s’ils reçoivent ces images, ce qui n’est pas certain, les percevraient de toute manière différemment ?

CD: Absolument. On sait à quel point Poutine contrôle les images. Il connaît sa population. Il tient compte lui aussi des effets de résonance. Il met en scène les signes de son pouvoir. Il utilise la majesté du Kremlin, le cadre strict et solennel des intérieurs mais aussi la mise en scène des représentations des réunions du pouvoir pour évoquer un mythe prégnant dans l’esprit des téléspectateurs, celui de la grande Russie . Quand il se fait filmer seul dans de grands espaces, le regard glaçant, la posture rigide, il convoque dans les esprits de ses compatriotes toute une imagerie des tsars de Russie. Il flatte l’orgueil national et justifie implicitement son désir de puissance et de conquête.


Comment analysez-vous la communication politique de Zelenski?

CD: Elle s’oppose évidemment à celle de Poutine. Au costume de l’un répond le T-shirt kaki de l’autre. Poutine adopte un style d’homme classique et rigide. Face à lui, Zelenski incarne un style plus informel, presque juvénile, en tout cas moderne . Il se met en scène avec son portable, fait des selfies , parle simplement et directement aux Ukrainiens sans cadre officiel . Il incarne un type de héros moderne, manifestant une puissance brute, sans faste, propre à guider et transcender son peuple et aussi à plaire aux occidentaux.


C’est David contre Goliath…

CD: Oui, mais c’est aussi le combat entre l’ombre et la lumière dirait Victor Hugo , entre l’ancien et le nouveau monde.

Ce qu’incarne visuellement Zelenski c’est un héroïsme très humain, comme s’il nous disait : moi , avec mes moyens , mon courage , mon peuple , toutes les initiatives individuelles et collectives , je ne plie pas face à une grande puissance armée , dotée de moyens colossaux . C’est terriblement sympathique compte tenu de notre contexte d’occidentaux vivant en démocratie aspirant à l’horizontalité du pouvoir. Face aux chars russes, Zelenski répond : de l’humain, de l’humain courageux , de l’humain résistant , de l’humain solidaire, mais de l’ humain ! Cela force le respect et suscite l’admiration. Il remporte la victoire de l’empathie et de la communication ! Mais cela sera-t-il suffisant ?