Communication politique et communication publique

Rencontre avec : Gaspard Gantzer


Gaspard Gantzer




Né en 1979, diplômé de l’École nationale d’administration. Haut fonctionnaire il a été porte-parole de Bertrand Delanoë à la mairie de Paris, ainsi que conseiller de François Hollande entre 2014 et 2017. Il est auteur de La politique est un sport de combat (Fayard, 2017).

Co-fondateur de l'agence de conseil en communication "2017" .





L'homme est brillant, passionnant, chaleureux et modeste. Il apparait surtout charmeur avec une dégaine décontractée, éternel jeune homme de 42 ans. On a l’impression de la connaître depuis longtemps de converser avec un pote.


De la même promotion de l’ENA qu’Emmanuel Macron, il a travaillé avec Bertrand Delanoé à la mairie de Paris (une chance dit-il), avec Laurent Fabius au Quai d’Orsay puis est sollicité par François Hollande pour prendre en charge la communication à l’Elysée. Il hésite, le Président de la République se situe au plus bas dans les sondages. Il consulte : tout ses amis et proches lui recommandent de refuser. Mais peut-on refuser l’Elysée ?


Expérience passionnante bien sûr, dont il tire un certain nombre d’enseignements. Il a bien voulu nous confier ses conseils dans le domaine de la communication publique.


D’abord insiste-t-il, nous sommes dans un domaine changeant avec un contexte qui évolue constamment avec des bouleversements des fondamentaux (temps, lieux, action, émetteurs…)


Pour le temps : on assiste à une accélération considérable du tempo médiatique liée, notamment, aux chaînes d’infos en continu. Dès lors, on se retrouve happé par le quotidien et il devient impossible de définir et suivre un plan média.


Une absence d’unité de lieux : on constate la mondialisation de l’information, une universalité de lieux. Et il cite un souvenir illustrant cela. Ils avaient travaillé à un discours de François Hollande qui devait marquer le quinquennat. Tout était au point et l’on en attendait un grand retentissement. Et puis, il y eut une prise d’otages en Australie et le discours fut complètement effacé, passé au second plan. Tout était au point et l’on en attendait un grand retentissement. Et puis, il y eut une prise d’otages en Australie et le discours fut complètement effacé, passé au second plan.


Une absence d’unité d’action. Le temps de Pilhan qui pouvait (sous Mitterrand, comme sous Chirac) mettre en scène et raconter une histoire, est bien révolu. Sans doute parce que chacun peut produire de l’information et que cette multitude d’émetteurs, de canaux, ne peut s’organiser. A l’heure des influenceurs, il faut raisonner autrement et les stratégies de communication doivent tenir compte de ces absences d’unité et cela complique sérieusement la vie et la pratique des communicants. Mais pour Gaspard Gantzer, il y a quelques règles à respecter. Des convictions qu’il détaille :


- La communication est au service du fonds. C’est le plus important. A partir de là, on peut imaginer une stratégie .


- L’incarnation est fondamentale. Il faut un bon porte-parole, quelqu’un de fidèle à lui-même. Avec son propre style, son propre habillement qui ne soit pas un déguisement. Tout décalage est sévèrement jugé comme ce fut le cas pour Valérie Pécresse lors de son premier meeting important. En fait, il faut chercher le relâchement insiste-t-il. A l’image d’un Federer qui dit avoir passé des années à trouver cette attitude relâchée ou à celle d’un Obama.


- Le sens de l’actualité. Savoir surfer sur les bonnes vagues. En veillant à ne pas la sous-estimer, comme Macron avec le cabinet Mac Kinsey, mais en sachant l’utiliser, encore comme Macron, avec la crise ukrainienne. Tout cela avec discernement. Il ne s’agit pas de jouer toutes les balles mais de choisir le moment où on peut parler.

- Prendre des risques. Les communiqués de presse ne suffisent plus. Il faut porter quelque chose, amplifier les idées, dire avec force et sortir des sentiers battus. Oser, au risque de se tromper. Comprendre que les jeunes ne lisent plus la Presse Quotidienne Régionale. Trouver de nouveaux moyens pour s’adresser à eux.


Son discours bien construit, cohérent résonne comme une leçon d’un homme expérimenté. Il ajoute quelques trucs : ne jamais répondre sur Internet à des commentaires négatifs. C’est ce que cherchent les détracteurs. Il faut se contenter de supprimer ces commentaires.


On ne peut s’empêcher de l’interroger sur quelques anecdotes : le scooter ou la sortie du livre de Valerie Triervaller. Il dénonce l’intrusion de la presse people dans la vie privée de François Hollande « Ce fut un moment très douloureux pour le Président » et regrette cette affichage de la vie privée. Sur la sortie du livre de Valérie Triervaller il raconte que, contrairement à ce que l’on croit, l’Elysée n’a pas beaucoup plus d’informations et qu’ils ont appris la sortie du livre comme tout le monde.


Bien sûr, on lui pose la question Macron. L’a-t-il vu venir ? Et il répond posément : « Quand vous trahissez et que vous gagnez, cela passe ; quand vous trahissez et que vous perdez, ça ne passe pas, comme pour Manuel Valls ! »