GRAND ORAL DES CANDIDATS DEVANT LES ÉLUS DE LA NATION

Il était organisé par Territoires Unis, la structure informelle qui réunit l’Association des Maires de France (AMF), l’Assemblée des Départements de France (ADF) et Régions de France.


"Nous avons l'ambition de catalyser le débat, de placer les libertés locales au cœur de la campagne"

DAVID LISNARD










Ils sont dix candidats sur douze à s’être prêtés à l’exercice (la règle du jeu était claire : les candidats eux-mêmes et non leur représentant). Avec un temps de parole identique : 10 minutes de présentation du projet et 20 minutes pour répondre aux questions de représentants de l’AMF, de l’ADF, de Régions de France et des journalistes. La formule a satisfait les candidats, notamment ceux qui n’avaient pas été invités au débat de TF1 la veille. Seuls Éric Zemmour et Emmanuel Macron manquaient à l’appel. On sentait certains candidats plus à l’aise que d’autres. Les connaisseurs des collectivités locales, avec une longue expérience d’élus et parfois d’exécutif face à ceux qui découvraient la réalité des communes rurales en allant à la pêche aux parrainages. Et les candidats voulaient visiblement caresser les communes dans le sens du poil et la plupart des interventions leur étaient destinées.


On pouvait s’attendre à une critique forte du niveau départemental, tant l’effet de mode est prégnant à cet égard. Il n’en fut rien, au contraire, les Départements s'en sortent plutôt bien et personne ne demande sa disparition, contrairement aux Régions. Même, Jean-Luc Mélenchon qui se dit jacobin, présente le Département comme "l'organisateur des grands services publics".



David LISNARD

Le Président de l’association des Maires de France accueille les représentants des Communes, Départements et Régions et plaide pour un pacte entre l’État et les collectivités locales, une décentralisation avec aussi une déconcentration et la suppression des contradictions. Il veut qu’à chaque strate corresponde un impôt et que le principe « Qui paie, décide », soit bien la réalité.

Bien sûr, il se réjouit de cette journée en précisant : « Nous avons l'ambition de catalyser le débat, de placer les libertés locales au cœur de la campagne ».


Carole DELGA

La Président de région de France s’affirme aussi départementaliste et souhaite que les lois s’adaptent aux caractéristiques locales. Elle en appelle à une nouvelle étape de décentralisation afin de rapprocher les citoyens des instance territoriales.


François SAUVADET

Il commence en constatant que le débat présidentiel est écrasé par la situation lourde en Ukraine et s’inquiète du jour d’après.

Il considère que l’État semble avoir redécouvert les collectivités locales aux moments des crises des gilets jaunes et sanitaire. Mais, et il le regrette, il a souvent eu l’impression qu’elles ont été empêchées d’agir durant cette crise pandémique et bloquées par des décisions prises au niveau national.

Il plaide pour le rétablissement de la confiance avec l’État.


André LAIGNEL

Il s’étonne de l’absence de deux candidats (Emmanuel Macron et Éric Zemmour), pensant qu’il se sont exclus, ce qu’il regrette pour la démocratie. Il est, du reste, applaudi lorsqu’il considère que l’absence d’Emmanuel Macron « n’est pas un comportement très républicain. » Et il enfonce le clou pensant que les collectivités ont été déconsidérées, notamment lors de la crise sanitaire ou celle des réfugiés.

Reprenant ce qu’il a souvent évoqué il accentue la critique en soulignant un recul de la décentralisation, un étouffement financier et une tendance de la part de l’État à considérer les collectivités locales comme de simples sous-traitants. Il vilipende, à cet égard, les contrats de Cahors qui, pour lui, bafouent la République décentralisée.

Il souligne ce qu’il considère comme trois grands échecs : le logement, la politique de l’eau et l’urbanisme et plaide pour une grande loi de liberté locales et demande que la confiance entre État et Collectivité locale soit rétablie. Il conclut en citant Victor Hugo : «Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent».


Fabien ROUSSEL

L’homme est sympathique, chaleureux, direct. Tellement loin de la caricature du communiste !

Il se félicite du nombre de communes en France, considérant qu’il s’agit là d’un atout considérable et veut leur « redonner toute leur place et leur rôle ». Puis, il déroule son programme :

-Mettre fin à la concurrence entre collectivités

-Nouvelle loi de décentralisation

-Plan pluriannuel pour le maintien et la réinstallation des services publics avec le retour des guichets (poste, banques nationalisées, trésor public..)

-Création d’un "vrai service public du grand âge", fin des Ehpad privés à but lucratif, des centaines de milliers d'embauches pour les Ehpad et pour l'aide à domicile.

-Démétropolisation

-Pacte financier pour rendre les communes moins dépendantes de l’Etat et les libérer de l’asphyxie financière où elles se trouvent.

-Loi de programmation sur la ville

-Aller vers le bien manger local (Fonds de 10 milliards d’euros pour l’adaptation des cantines scolaires, en fonctionnement et en investissement)

Il s’oppose au ruissellement à la Macron et plaide pour le « rousellement »


Interrogé par Marie-Christine Cavecchi, Présidente du Département du Val d’Oise sur la clause de compétence générale supprimée pour les Départements et Régions par la loi Notre (sauf pendant la crise du Covid !) « La rétablirez-vous ? »

Fabien Roussel répond en indiquant qu’il faut « redonner la clause de compétence générale » aux Départements et aux Régions et inscrire celle des Communes dans la Constitution », ajoutant qu’il avait honte de l’attitude de l’Etat durant la crise sanitaire.

Interrogé sur le découpage des Régions, il s’est déclaré hostile à celui de 2015 considérant qu’il a éloigné les citoyens des lieux de pouvoir : « Mon Nord-Pas-de-Calais me manque », et s’est dit «pour le retour à des régions à taille humaine, tout en précisant que, pour lui, ce n’était pas une priorité.


Jean LASSALLE

Il a la chaleur de son accent, l’attachement au terroir. On sent l’expérience, et d’ailleurs il l’évoque d’emblée : élu pendant 42 ans ; 25 élections uninominales remportées sur 26 !

Il souhaite s’appuyer sur ce qui marche bien (Communes et Départements) et le dit tout de go « Si par miracle, le peuple me portait à la présidence, les lois MAPTAM et Notre : à dégager ! »

Il se dit choqué des excès du capitalisme mené par une finance devenue folle. Lui, il se considère comme le défenseur des campagnes et appelle de ses vœux un grand débat suivi d’un referendum pour construire un nouvel État.


Interrogé pour l’ADF par Christophe Guillotteau, Président du conseil Départemental du Rhône sur les problématiques de l’eau (quelle responsabilité, quels financements ?), il en profite pour critiquer l’échelon régional « budgétivore, inefficace et inutile » et plaide pour des provinces qui ne seraient pas celles de l’ancien régime, mais dont le découpage apparaît flou.

Enfin, Jean Lassalle, choqué de constater qu’il n’est pas invité sur les plateaux de télévision fait part de son acrimonie et dit « envisager de se retirer de la campagne. »

Il termine sa prestation par un vibrant : « N’abdiquez pas ! »


Marine LE PEN

On la voit à la télévision, spontanée, directe et prête à la répartie. Là, elle lit, rapidement, un texte charpenté, avec des propositions précises dont elle ne sort quasiment pas. Elle commence en expliquant aux élus qu’ils sont la cinquième roue du carrosse. « Vous apprenez dans les médias les décisions qui vous concernent comme pour le point d’indice ! »

Sur les institutions, elle prône le retour aux Régions d’avant la réforme de 2015 et se déclare favorable à une sorte de conseiller territorial : « faire évoluer le couple Département Région », en confiant la gestion du Département aux conseillers régionaux élus sur la section départementale. Elle défend aussi un statut de l’élu local et souhaite une réécriture de la loi anti-cumul qui, à l’usage, a coupé les parlementaires du terrain. Alors, elle suggère de laisser la possibilité de cumuler un mandat national avec celui de maire d’une commune de moins de 20 000 habitants.

Elle insiste sur l’aménagement du territoire souhaite « un rééquilibrage des territoires », une démétropolisation et demande le retour à la Prime d’Aménagement du Territoire et la création d’un Fonds souverain privé alimenté par l’épargne des français, doté de 500 milliards d’euros pour les investissements dans les infrastructures, les relocalisations, et le soutien aux projets locaux et souhaite une nationalisation des autoroutes pour favoriser cet aménagement du territoire.

Elle se dit opposée à l’augmentation du point d’indice.


Nicolas Lacroix, Président du conseil départemental de la Haute-Marne l’interroge sur les problèmes des aînés et sur le souhait des Départements d’être en totale responsabilité de ce secteur.

Marine Le Pen annonce d’emblée qu’elle souhaite la suppression des ARS, et aborde le problème du grand âge par les personnes aidantes en assurant qu’il faut les favoriser avec des congés (jusqu’à un an), des exonérations…

Elle souhaite un plan Ehpad en allant vers une logique mutualiste avec des critères plus exigeants pour le nombre de médecins, de salariés…

Sur les déserts médicaux, elle veut développer des incitations, le développement de la télémédecine et l’accompagnement des jeunes médecins.

Elle veut la suppression de la loi Notre, une clause de compétence générale pour les communes uniquement, une plus grande subsidiarité entre niveaux. Régions et Départements devant répondre à un « principe de spécialité » avec des compétences plus clairement « énumérées par la loi ». Elle souhaite un retour de la protection de l’enfance à l’État.

Elle souhaite aussi un relèvement du seuil des marchés publics et un partage de la fiscalité. Elle veut que tous les trois ans soient examinés les transferts et leurs compensations. Elle termine son propos en insistant sur la nécessité d’une souveraineté de la France d’un point de vue énergétique et alimentaire qui lui semble fondamentale pour les prochaines 50 années.


Philippe POUTOU

Il le dit dès le début de son propos : il n’est pas habitué à s’exprimer dans ce type de salle et devant ce type d’auditoire. On le sent un peu gêné effectivement. Et pourtant, les maires, il les a rencontrés dans sa course aux signatures en voyant les élus de petites communes.

Alors, il le regrette, le pouvoir est concentré dans les métropoles où siègent les Régions et les Départements. La vraie question demeure celle du pouvoir partagé. Ainsi il prend Bordeaux, où il est élu, comme exemple. Il n’y a pas de connexion avec les citoyens en direct. Et donc il considère que le pouvoir est exercé par des personnes qui ne connaissent pas les problèmes sociaux et les difficultés quotidiennes des gens. Il le dit : « on nous présente des délibérations techniques auxquelles on ne comprend rien. »

Pour lui, les services publics qui répondent aux problèmes de plus modestes disparaissent et il demande que l’on réponde aux urgences sociales (dispensaires…), de logements (où il y a une mainmise du privée sur le foncier). Il demande donc de développer la réquisition et l’expropriation et de transformer les banques en service public.

Dans le domaine des collectivités il souhaite 1 million de postes statutaires supplémentaires et lutter contre la souffrance au travail qui se manifeste partout.


Stéphane HAUSSOULIER, président du Département de la Somme l’interroge sur les aspects du handicap et les moyens nécessaires pour permettre l’inclusion de ces personnes.

Philippe Poutou souligne que l’on en parle peu mais que la question revient régulièrement dans les meetings. Et il élargit le problème à une vision révolutionnaire insistant sur ce « système injuste et inhumain qu’il faut renverser.»

Interrogé sur le tourisme, l’attractivité et la gouvernance de cette compétence, Philippe Poutou se dit opposé à cette notion d’attractivité qui ne repose sur rien.

Reprenant l’exemple de Bordeaux, il parle du vin et des pesticides, l’envahissement par les énormes bateaux. Il glisse alors sur la notion de pauvreté affirmant que seuls les riches peuvent voyager et que la solution consiste à diminuer le temps de travail.


Anne HIDALGO

Elle connaît clairement son sujet et semble assez à l’aise dans sa présentation. Elle affirme tout de suite la place fondamentale des collectivités locales et leur rôle essentiel durant la crise sanitaire. Et ceci alors que, pour elle, nous vivons depuis 5 ans dans une critique injustifiée des collectivités et des corps intermédiaires les accusant d’être clientélistes, inutiles et coûteuses, avec un centralisme ayant entravé la création.

Elle, au contraire, s'affirme totalement girondine et souhaite que Communes, Départements et Régions retrouvent une plus grande autonomie.

Elle critique du reste le système qui a dérivé vers une absence d’autonomie fiscale où les dotations sont accordées de façon centralisée et même, en fonction de son orientation politique et elle cite ainsi des favorisés comme Nice ou Toulon lors du Plan de Relance.

Elle détaille les responsabilités des Départements dans le domaine social en rappelant que leur action fut fondamentale lors de la crise du Covid (« On nous redécouvre lorsqu’il y a des crises. ») et présente les Présidents de Régions comme les Ministres de l’Economie et de l’Industrie de notre pays. Elle souhaite amplifier leur rôle.

Alors, elle critique globalement un système où un homme seul, comme un monarque républicain décide de tout. Cela ne peut plus fonctionner, pense-t-elle, face aux crises nombreuses : sociales, démocratiques, climatiques…

Répondant à une question sur la fracture territoriale , d’une ruralité ignorée, écartée, une diagonale du vide où, pour rejoindre Paris, il faut ½ heure de plus qu’il y a 50 ans, Anne Hidalgo insiste sur la fibre, le numérique, les écoles, propose que la 4ème année de médecine soit effectuée dans les déserts médicaux et une aide massive pour couvrir les territoire de chargeur destinés aux véhicules électriques.


Jean-Claude Leblois, Président du département de Haute-Vienne interroge Anne Hidalgo sur l’isolement et la précarité des jeunes et la vulnérabilité des personnes âgées.

Cette dernière réaffirme le rôle des Départements pour les solidarités et plaide pour un minimum jeunesse, fixé à 564€ par mois. Elle souhaite généraliser les formations en alternance post-bac. En ce qui concerne les personnes âgées dépendantes, elle propose une augmentation du nombre d'heures

pour les aides à domicile et une formation de ces personnels avec de vraies compensations pour les dépenses de trajets en voiture. Pour les Ehpad, elle pense qu’il faut 40 000 personnes supplémentaires et affecter 1 milliard d’euros par an pour le 5ème risque dépendance.

Elle conclura après avoir plaider pour confier la totalité des compétence apprentissage et orientation aux Régions, en insistant sur le bilan catastrophique et en avertissant sur le jour d’après : « On ne peut effacer ce bilan d’un coup d’ardoise magique ».


Nathalie ARTHAUD

Évidemment, elle se prête volontiers à l’exercice, mais l’organisation territoriale ne semble pas sa préoccupation première. Elle revient, quel que soit le sujet, aux travailleurs et aux luttes nécessaires contre un système qu’elle considère particulièrement injuste.

Cependant, elle le dit d’emblée : sur ses 576 parrainages, 575 proviennent de maires de communes rurales. Alors, elle sait ce qu’elle leur doit !

Tout de suite, Nathalie Arthaud veut se distinguer en assurant qu’elle refuse toute promesse électorale, et dit comprendre les maires victimes des mauvaises surprises du monde capitaliste. Elle fait d’ailleurs le parallèle entre le camp des travailleurs et le mépris dont les élus souffrent, avec un État qui leur met des bâtons dans les roues. Pour elle les collectivités locales sont privées de ressources alors que ce sont les maires qui ont ouvert les centres de vaccinations et ont fourni des masques.

Elle pense que cette réduction des dotations a commencé sous Baroin, ministre du budget et s’est poursuivi depuis. Et ajoute que les collectivités ne sont pas libres et elle prend comme exemple l’obligation des 1607 heures, dispositif qu’elle dénonce.

Et elle explique cela par la dictature du grand patronat à qui on réserve les crédits aux dépens des ressources des collectivités, de l’éducation, de l’hôpital… et elle pose la question : « Ôter son pain aux travailleurs, que reste-t-il des libertés ? »

Interrogée sur les moyens à mettre en œuvre pour créer des entreprises, elle considère que les moyens des collectivités locales doivent être consacrés aux besoins de la population et non à donner des subventions qui reviennent au gros patronat. Elle s’interroge sur les résultats de l’argent versé aux entreprises et l’affirme « L’argent public ne doit pas servir au privé. »


Christophe Guilloteau, Président du département du Rhône l’interroge sur les Mineurs Non Accompagnés rappelant qu’ils sont 40 000 en France et représentent un coût de 50 000 € par jeune et par an. Elle assure qu’il faut les accueillir et que le pays en a les moyens. Elle reconnait un vrai élan en faveur des Ukrainiens et pense que l’on ne doit faire de discrimination et que cette jeunesse représente notre classe ouvrière de demain.

Interrogée sur les politiques de jeunesse, sport et culture, elle insiste sur la baisse des horaires d’ouverture des équipements publics et veut s’appuyer sur les classes populaires qui peuvent s’investir avec efficacité dans des projets culturels ou sportifs.


Valérie PÉCRESSE

Bien sûr, Valérie Pécresse connaît bien le sujet des collectivités. Elle préside une Région et adhère aux réflexions de Territoires Unis. D’ailleurs elle reprend la quasi-totalité des propositions.

Mais d’abord, elle veut dénoncer un débat présidentiel volontairement escamoté en raison notamment de la guerre en Ukraine. Elle présente son projet de la république des territoires fondé sur la confiance et souhaite qu’il fasse rapidement l’objet d’« un pacte de liberté et de confiance » et cela en s’appuyant sur le niveau local qui a montré son efficacité lors de la crise sanitaire. Du reste, elle le confie, elle a demandé au sénateur Bruno Retailleau de « rédiger les textes constitutionnels ». Ce pacte assurerait la différenciation suivant les lieux et les collectivités, la division par deux des délais (elle évoque ces projets de méthanisation retardés ou les délais de l’INRAP bloquant des installations d’entreprises) , un vrai choc de simplification (qu’elle affirme avoir réussi dans sa Région) et un préfet qui retrouve la main sur tous les services et agences de l’État. Elle souhaite une autonomie financière inscrite dans la constitution, la fin du contrat de Cahors.

Elle veut donc un nouvel acte de décentralisation « Quarante ans après les lois Defferre, je veux mettre en place le projet de décentralisation le plus puissant de notre pays. Ce sera une des priorités de mon quinquennat »

Pour les Communes, et en ce qui concerne le logement, elle souhaite sortir de la loi SRU et construire du logement social, intermédiaire et étudiant en redonnant la main aux maires pour l’attribution des logements sociaux.

Elle veut la fibre partout en 2024 et soutenir fortement le milieu rural (1€ pour la politique de la ville = 1€ pour la politique rurale), relancer la rénovation urbaine et éradiquer les ghettos. Elle s’affirme aussi aux côtés des élus face à la violence qui peut les toucher (1 an ferme pour toute agression physique).

Pour les Départements, elle plaide pour un transfert complet de compétences pour la médecine scolaire, les Ehpad, la Caf, propose que le RSA soit assorti de 15 h de travail par semaine, la gestion des Routes Nationales, et l’expulsion des Mineurs Non Accompagnés qui refusent les tests osseux.

Aux Régions, elle veut accorder la présidence des ARS, le droit à la différenciation et dénonce les doublons entre État et Région dans les domaines de l’économie et de l’emploi, demande que toutes ces politiques soient gérées au niveau régional. Ceci permettrait notamment de mener des politiques de réindustrialisation.


Interrogée par Valérie Simonet, Présidente du Département de la Creuse sur les déserts médicaux, elle veut que les Départements récupèrent la totalité des compétences social et médico-social et suggère que les étudiant de médecine passent leur 4ème année dans les territoires sous-dotés. Elle souhaite aussi donner plus de responsabilités et une meilleure rémunération aux infirmiers, sage-femmes, pharmaciens.


Yannick JADOT

L’homme est direct et sait que certaines de ses positions ne sont pas populaires parmi les élus présents. Mais il assume et tient son cap.

Il commence par rendre hommage aux élus « au front des crises sanitaires, sociales et climatiques » « Vous êtes toujours flattés mais souvent floués ».

Il veut repenser la décentralisation ce qui lui semble un enjeu majeur et considère que la notion d’aménagement du territoire n’existe plus. Il veut donc une répartition claire et complète des compétences dans les domaines de l’économie, du logement, des infrastructures, de l’agriculture et de l’alimentaire. Il veut « bâtir un projet collectif des équilibres territoriaux » avec une répartition de l'activité, du logement…, et la mise en place « des grandes transformations ». Par exemple, ladiminution du prix de l’essence ne répond pas à une vraie réflexion sur un projet de transformation nécessaire.

Il veut remplacer les préfets par des Commissaires de la République à la reconstruction rattachés à un grand ministère des territoires. Un État qui doit mettre ses moyens à disposition des collectivités locales. Arrêter ce système où Bercy explique ce qu’il faut faire dans le domaine des marché publics. Il veut un « Buy European Act » pour favoriser les achats publics dans l’espace européen.

Pour les déserts médicaux, il se dit favorable à toutes les initiatives, mais pense qu’il faut aller plus loin avec une obligation d’installation dans les zones sous-dotées « à partir de la dernière année d’études de médecine et les deux premières années d’installation ». « C'est pas cool pour les médecins je sais, mais c'est notre responsabilité. »

En ce qui concerne la transition écologique, il est conscient qu’il faut une vraie acceptation locale et lancer un grand projet pour les énergies renouvelables. C’est particulièrement vrai, pense-t-il pour le photovoltaïque ou l’éolien. Cette concertation est aussi nécessaire pour la fin de l’artificialisation des sols.


Coralie Desnoues, présidente du département des Deux-Sèvres, l’interroge sur la politique agricole.

Pour Yannick Jadot, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas : un coût très élevé (13 milliards d’euros), une vraie vulnérabilité, des situations dramatiques, une diminution du nombre de fermes.

Alors il veut changer radicalement de système en proposant un contrat avec une agriculture paysanne respectueuse avec plus de paysans, plus de diversité, une facilitation d’accès au foncier. Il l’affirme, son modèle marche. Et en plus, au pays de la bonne bouffe, on n’a pas vocation à avoir les maladies de la mal bouffe !

Pour lui, les Régions sont au cœur de la reconstruction et il l’assure, en dépit du jacobinisme, il y a eu de vraies réussites. Il plaide pour un service public de la rénovation globale dont les Régions seraient les chefs de file.



Nicolas DUPONT-AIGNAN

Il connaît son sujet, ayant été élu à plusieurs niveaux de collectivités. Et il a des idées arrêtées et pas forcément populaires parmi l’assistance.

Il l’affirme directement, la décentralisation a dérapé avec un empilement des structures et l’explosion des inégalités.

Il plaide pour que l’État se concentre sur son travail et ses missions et cesse d’embêter les maires et les élus. « Il faut repenser la décentralisation, reconstruire l’Etat, engager une vraie politique d’aménagement du territoire, abroger la loi NOTRe, arrêter les intercommunalités forcées ». Il considère, en effet, que les intercommunalités sont trop grandes. Et d’ailleurs, il pense que les PLUI sont de véritables catastrophes et poussent à l’installation dans les grandes villes. Il veut arrêter cette concentration absurde dans les métropoles. Il veut permettre à nos territoires de vivre et pour cela supprimer toutes ces normes qui bloquent l’initiative et renforcer les ressources des collectivités. Il demande à retrouver un vrai État et d’arrêter la fermeture des services publics « France-Service est une véritable escroquerie. »

Il considère que l’accumulation des normes fait qu’au total, elles ne sont ni lues, ni respectées. Et ajoute que beaucoup de ces normes sont d’essence européenne et sont appliquées avec un zèle excessif en France.

Il souhaite travailler sur la téléphonie mobile, tordre le bras des opérateurs pour que cela ne coupe pas tout le temps en milieu rural. Il veut aussi un plan de réseau internet mené par l’État. Pour les transports, rouvrir les gares.

Dans le domaine de la santé publique, il supprimerait les ARS, rouvrirait 20 000 lits notamment dans les zones rurales. Pour lutter contre les déserts médicaux, il souhaite accorder « une bourse aux étudiants en médecine qui passeraient un contrat d’installation pour cinq ans dans des zones désertifiées ».


Christian Pierret, Président du conseil départemental du Nord l’interroge sur le fonctionnement du RSA.

Pour Nicolas Dupont-Aignan, il faut obliger les allocataires à travailler une journée par semaine dans des collectivités locales, SDIS, ou associations, et regrette que les Conseil départementaux se soient transformés en guichets de l’État. Il insiste sur la partie insertion.

Alors plus globalement, il donne son sentiment sur l’organisation territoriale, trop complexe et devenue incompréhensible. Il plaide pour un couple : Commune / Département et veut des intercommunalités avec une taille plus réduite. Il souhaite aussi des économies avec moins d’organismes. Après la suppression des Régions (dont la plupart sont incohérentes depuis la réforme de 2015 pense-t-il), les personnels serait redéployé et il confierait un certain nombre de compétences des Régions aux Départements.


Jean-Luc MELENCHON

Il a de la verve, de l’enthousiasme et fait preuve d'une véritable réflexion et de culture. Il prévient les interlocuteurs : « Je m’avance en marchant sur des œufs, ayant le sentiment d’apparaître iconoclaste. » Il s’affirme jacobinistes et précise aussitôt que cela n’a rien à voir avec le bonapartisme avec lequel on le confond parfois.


Pour lui, l’État unitaire est une fiction tant les nuances ou plutôt les différences sont nombreuses et importantes et il cite la Guyane ou la Corse. S’il pense que la Région est fédératrice, il considère que la structure de base, millénaire, source de la réalité démocratique, c’est la commune. « Commune : goutte à goutte de la redistribution. » Pour lui, les Départements aussi ont une histoire révolutionnaire et représentent un échelon de proximité. « La République, c’est la commune plus le Département ».

Ainsi, il considère que les Régions ont une légitimité plus discutable. Il condamne d’ailleurs la dernière réforme (« un tracé folklorique ») et pense que la logique des Régions serait de suivre les 24 bassins versants.

En ce qui concerne la santé et l’accès aux soins pour tous, il l’affirme, les ARS sont inefficaces. Il condamne aussi des politiques de gestionnaire dans les hôpitaux : « On a introduit la gestion des entreprises dans les hôpitaux ! » Il plaide pour un pôle public du médicament, la fin de la tarification T2A, ces comptes d’apothicaire où l’on rentre dans les statistiques de

durée moyenne de séjour... Et il affirme que 5 300 lits ont été fermés en pleine crise sanitaire. En ce qui concerne les déserts médicaux, il met en cause le système du numerus clausus, un système de formation avec une sélection qui favorise les étudiants issus de milieux aisés.

Christian Pierret, Président du Conseil départemental du Nord l’interroge sur les lois Notre, Maptam et sur l’idée du conseiller territorial.

En réponse, il parle de son projet de VIe République assurant que le peuple français doit se refonder, réfléchir à une nouvelle organisation, supprimer la loi Notre et donner plus de latitude à certains territoires. Il prend comme exemple la Corse qui a voté à trois reprises pour des autonomistes.



En conclusion David Lisnard a considéré qu’il s’agissait du moment de démocratie le plus puissant depuis le début de la campagne car on y a abordé «des problématiques que nous n'entendions pas jusqu'ici».

Et le président de l'AMF d'estimer que « l'essentiel des propositions » entendues au fil de la journée « va dans le sens de la subsidiarité et des libertés locales» En cela, « nous nous sommes retrouvés dans 80% des propos », a-t-il ajouté, sans préciser lesquels.


Emmanuel MACRON

Emmanuel Macron n’a pas participé à la rencontre à Montrouge entre les candidats et les représentants d’élus, ce qui n’a pas été très apprécié par les participants. Quelques jours plus tard, il a, au cours d’une conférence de presse, esquissé son programme. Nous reprenons ici les points qui concernent particulièrement les collectivités locales.

Dans son programme le renouveau démocratique apparaît comme le cinquième chantier qu’il veut mettre en œuvre ajoutant : « Le soupçon qui pèse aujourd’hui sur nombre de représentants, le manque d’efficacité et l’insuffisante responsabilité de nos dirigeants menacent notre démocratie. C’est pourquoi je veux moraliser et responsabiliser la vie publique, et renouveler la représentation nationale ».

Il plaide pour que le cœur de la mission de l’administration ne soit plus la sanction mais le conseil et l’accompagnement, sauf en matière pénale, ou lorsque la sécurité est engagée, avec un droit à l’erreur.

Il veut aussi passer à la vitesse supérieure en ce qui concerne la numérisation de l’administration avec le renouvellement de documents officiels se faisant en ligne, sans nécessité de se déplacer, et l’élargissement des horaires d’ouverture des services publics, la capacité pour les préfets d’adapter l’organisationt desservices de l’État aux besoins de chaque région et département. Les services publics accueillant du public (hôpital, école, tribunal, CAF, etc.) seront tenus d’afficher leurs résultats en termes de qualité de service.

Il souhaite une grande loi de moralisation de la vie publique et l’interdiction du cumul de plus de trois mandats identiques successifs, la réduction d’environ un tiers le nombre de députés et de sénateurs qui disposeront de moyens supplémentaires pour effectuer leur travail.

Il souhaite la couverture en très haut débit ou en fibre de l’ensemble du territoire au cours du prochain quinquennat, le doublement de la couverture mobile en zone rurale.

Il annonce la réduction du millefeuille administratif avec la suppression d’au moins un quart des Départements, là où ils peuvent être rapprochés de l’une des grandes métropoles :« Peut-être que la métropole de Nice a vocation à fusionner avec le département ? ». Ainsi, il évoque « la mise en œuvre du droit à la différenciation qui permettra à chaque territoire de revenir sur les organisations territoriales établies ».

La simplification territoriale passerait aussi par le retour du projet de conseiller territorial voté en 2010 sous Nicolas Sarkozy et immédiatement enterré par François Hollande. « Je souhaite que, pour les prochaines élections locales, on arrive à cette simplification du conseiller territorial ». A noter que cela devrait s’appliquer pour les élections de 2017.

Il veut une nouvelle politique des transports, avec une modernisation des réseaux existants et de nouveaux services pour raccorder efficacement aux lieux de travail, d’éducation, de culture ou de soins. Il évoque la continuité territoriale au profit des Outre-mer, en proposant chaque année aux ultra-marins au moins 200 000 billets d’avion à prix aidé en particulier pour les étudiants et les entrepreneurs pour leur mobilité entre les Outre-mer et l’Hexagone, et dans leur environnement régional.


Éric ZEMMOUR

Lui aussi était absent lors du grand oral de Montrouge devant les élus, sans que la raison en soit donnée.

Considérant que la démocratie souffre d’un mépris de la voix du peuple. Il prône donc la « reconquête démocratique avec le retour, par la voie du référendum, de la souveraineté du peuple. Le référendum deviendrait obligatoire pour faire adopter directement par le peuple français les mesures les plus importantes qui intéressent la vie de la Nation : révision de la Constitution, ratification du traité européen ou élargissement de l’Union européenne.

Il souhaite organiser, en même temps que les élections législatives suivant l’élection présidentielle, un grand référendum sur l’immigration, la sécurité et la justice pour soumettre à l’approbation des Français ses mesures prioritaires dans ces domaines.

Il souligne un cruel manque d’efficacité de la part de l’État : sécurité, santé, éducation, développement économique, alors que l’État impose lourdement les Français et les entreprises. Ainsi pour lui, les Français n’en ont donc pas pour leur argent. Il veut donc engager un grand processus de rationalisation et de baisse de la dépense publique en lançant, dès le lendemain de l’élection, un grand audit de la Cour des comptes sur toutes les politiques publiques.

Il souhaite aussi faciliter la vie des citoyens et des entreprises en créant un Haut-Commissariat à la simplification administrative directement rattaché au Président de la République, restaurer l’égalité entre fonctionnaires et salariés du secteur privé en revenant aux trois jours de carence pour les arrêts maladie des agents de la fonction publique.

Éric Zemmour considère que la décentralisation est un échec, opérée de manière technocratique, donnant naissance à un millefeuille illisible et inefficace, dans lequel les compétences et les financements s’enchevêtrent à l’excès. Il veut donc simplifier l’organisation de l’État et réaliser une véritable évaluation des politiques publiques, redonner aux communes du poids (en leur redonnant certaines compétences des intercommunalités) et aux maires une place de choix dans la vie politique et démocratique du pays avec des maires respectés et écoutés. Il veut rapprocher les Régions des citoyens et réduire le nombre d’élus locaux en rétablissant le conseiller territorial (siégeant à la fois au conseil départemental et au conseil régional) sur le modèle de la réforme de 2010.

Enfin il veut redonner un ancrage local aux parlementaires en autorisant à nouveau les maires à exercer un mandat parlementaire, renforcer le temps parlementaire consacré à l’évaluation des politiques publiques (plus aucune loi sans étude d’impact avec l’appui de la Cour des comptes.)

En ce qui concerne les personnes âgées, Eric Zemmour veut planifier les capacités d’accueil sur 15 ans en favorisant le maintien des personnes âgées chez elles plutôt qu’en maison de retraite en simplifiant l’installation des services d’aide à domicile dans chaque département.

Il veut construire 400 000 nouvelles places en Ehpad à horizon 2030, réparties sur tout le territoire, en réservant 25% de ces places aux familles modestes, rendre les contrôles des Ephad plus efficaces en transférant cette mission aux préfets, lutter contre les maltraitances, les abus tarifaires ou les clauses contractuelles excessives en multipliant les contrôles ciblés dans les Ehpad et conférer aux préfets des pouvoirs de sanction immédiate en cas de maltraitance. Augmenter de 10% la rémunération des infirmiers et des soignants à domicile (tarif plancher national). Instituer une prime annuelle pour les infirmiers, aides-soignants et auxiliaires de vie, pour récompenser l’assiduité Reconnaître pleinement le rôle primordial des aidants familiaux en leur faisant bénéficier de congés payés et en leur octroyant un droit au répit. Soutenir les familles en défiscalisant les allocations pour les proches aidants.