Interview Florence Dabin Présidente du Maine-et-Loire et du GIP enfance


Florence Dabin Présidente du Maine-et-Loire et du GIP enfance
©Christophe-Martin

Vous êtes annoncée comme la Présidente du nouveau GIP. De quoi s’agit-il ? Un nouveau machin pour discutailler ?

Le Président de l’Assemblée des Départements de France, François SAUVADET et mes pairs m’ont désigné candidate à la présidence de ce futur GIP Enfance.


Il s’agit d’une maison commune qui permet de rassembler des structures qui agissent dans l’intérêt de l’Enfant qui ont leur propre légitimité, missions. Il s’agit de donner davantage de synergie et de transversalité entre toutes ces structures et de fédérer l’ensemble des experts. On peut ainsi croiser les expériences, les recherches spécifiques et servir les politiques publiques. En étant plus performant dans l’accompagnement de l’enfance et plus largement de la jeunesse et de la famille. En prenant en compte les réalités de nos territoires qui sont pluriels. Partage d’expérience des professionnels et des bénévoles.


La création d’un GIP unique permet de donner plus de sens, plus de visibilité à cette politique publique qui demeure souvent trop feutrée et discrète par humilité, par pudeur ou par discrétion. Le sujet de l’enfance concerne tout le monde comme le projet de vie, comme le parcours. Il y a dans ce sens beaucoup d’avancées dans la loi d’Adrien Taquet.


PoC’est donc de la concertation, de la promotion, mais pratiquement vous agissez ?

Cela commence tout juste, le travail collectif est en cours. Pour l’instant, il reste à finaliser la convention constitutive et nommer un ou une préfigurateur- préfiguratrice qui a pour vocation de devenir le futur ou la future directeur- directrice. Chaque Département sera invité à délibérer pour être membre de ce GIP.


Dans la pratique, la manière dont je vois les semaines à venir : outre trouver un directeur en lien avec l’Etat et le Ministre, mettre en place un comité de pilotage. Avec des représentants des différentes structures, des Départements, de l’État pour que là où on travaillait plutôt en silos liés par des accointances géographiques ou des intérêts communs, on travaille en coopération, en partenariat. Il s’agit de gagner en force et en efficacité dans l’intérêt de l’enfance.


Ce sera un centre de ressources qui permettra à la fois d’apporter des outils, de partager des expériences à l’ensemble des Départements et des acteurs concernés.


Présidant le groupe enfance au sein de l’ADF, je veillerai à ce que l’on ait des liens très proches avec les élus. Ce GIP doit être très concret pour les élus, les professionnels, les partenaires, les enfants et leurs parents. C’est un lieu d’émulation intellectuelle, de partages techniques, de créativité et de synergies. Il y une volonté forte d’établir un cercle vertueux, apporter la bienveillance, la connaissance étayée.


Le GIP aura-t-il un rôle consultatif ?

Oui, il devient un organe incontournable et s’il y a de nouvelles lois, il sera saisi et associé. Il s’exprimera et apportera les données ainsi qu’une analyse des informations de grande qualité.


L’idée est d’être réactif et performant et d’oser expérimenter. Oser déstabiliser et questionner certaines pratiques et les faire évoluer, faire preuve de lisibilité et de pédagogie.


Pourquoi vous pour cette présidence ?

Je suis professeur des écoles depuis 21 ans, élue locale depuis 21 ans ; j’ai été adjointe à la jeunesse d’une collectivité de 56 000 habitants. Je me suis occupée des Relais d’Assistantes Maternelles. Mon expérience, mon métier, ont tourné autour de l’enfance. Le Président François Sauvadet a dédié une thématique à l’enfance et une vice-présidence. Les Présidents de Départements s’intéressent à ce sujet. Ils assument leurs responsabilités et ont compris qu’il faut être dans l’anticipation d’innovations et de pragmatisme. A Bourg en Bresse, je participais à la première table ronde, ce qui a du sens. C’est pour cela qu’il faut évaluer les fragilités, responsabiliser l’Etat, mieux partager et travailler collectivement pour aller plus loin. J’ai des relations de confiance avec le ministre, nous sommes passionnés et volontaires. Les engagements pris auprès du Président François Sauvadet ont été tenus. Il nous reste des engagements financiers à obtenir car un des éléments clés c’est les moyens mis.


Et en Maine-et-Loire, vous avez une politique particulière ?

Elue dès le premier juillet, j’ai pris des positions et des décisions rapidement dans ce domaine. Je connaissais les problèmes, je savais ce que je voulais faire.


J’ai organisé dès septembre 2021 un séminaire de tous les conseillers départementaux pour une présentation de la politique de la protection de l’enfance.


J’ai reçu de tous les acteurs et opérateurs de la protection de l’enfance à l’automne.


J’ai proposé un premier plan d’urgence pour répondre à la situation de croissance du nombre d’enfants qui nous sont confiés.


Enfin, j’ai conclu un contrat départemental signé avec le ministre Adrien Taquet dans le cadre de la stratégie nationale avec un engagement du Ministre de passer de 2 à 3 ans après adoption par l’Assemblée. Pour mettre en œuvre cette politique ambitieuse, le Département va engager chaque année 5 millions d’euros. L’État abondant de son côté ce contrat à hauteur de 3 millions d’euros par an. Un des objectifs de ce contrat est de travailler en collaboration avec l’ARS pour des situations complexes en innovant dans les pratiques d’accompagnement et de prise en charge des jeunes présentant des troubles du comportement et/ou un handicap.


Nous avons inauguré un SOS Village d’enfants réalisé dans un de nos espaces naturels sensibles L’Isle Briand qui accueille chaque année le Mondial du Lion, une compétition d’équitation de niveau mondial… Cette inauguration est venue souligner, à l’aube de l’adoption de la loi d’Adrien TAQUET, l’importance de l’accueil des fratries.


Et pour les professionnels ?

On a besoin de professionnels, ce sont des métiers de passion et il faut en parler de façon positive. C’est vrai pour les assistants familiaux. On a du mal à recruter et pas seulement dans mon Département ; c’est vrai partout. Il s’agit d’un sujet ambitieux. Nous n’en sommes qu’au début.


Pour rappel, le 18 février dernier, dans le cadre de la conférence des métiers de l’accompagnement social et médico-social, le Gouvernement et les Départements de France se sont engagés ensemble pour la revalorisation salariale de 1,3 milliards d’euros en faveur de tous ces professionnels de la filière socio-éducative.


Les Départements ont souvent fait des économies dans le domaine de la PMI ?

Nous avons remis des moyens importants en Maine-et-Loire. Ils effectuent un travail formidable. C’est une chance d’avoir ces professionnels.


Pour la médecine scolaire, vous espériez qu’elle serait transférée

Il y a un véritable enjeu et j’ai été déçue que ce ne soit pas dans la loi 3DS. Pour la cohérence ce serait nettement mieux. La crise a révélé les lacunes de cette médecine scolaire qui doit retrouver sa place.


Je souhaite que les candidats s’emparent de ce sujet. Les élus seront acteurs et vont défendre les intérêts de leurs concitoyens.


La loi Taquet ?

Il y a de réelles avancées, mais il y a des points de vigilance qu’on a soulignés dans le domaine des finances : la fin des logements hôteliers, le statut des assistants familiaux et celui des médiations familiales, les jeunes majeurs. On a besoin de continuer à avancer avec détermination.


Et les sommes avancées par le ministre ?

Très honnêtement je ne suis pas en mesure de vous répondre.


Et la pédopsychiatrie ?

Globalement nous manquons cruellement de moyens et il faut une prise de conscience interministérielle. L’Etat doit penser davantage à travailler en synergie et éviter de se renvoyer la balle. Les Départements se sont engagés dans leurs domaines de compétence, nous attendons de l’Etat qui prennent ces responsabilités dans ces domaines comme la santé mentale. Un enfant mal orienté, c’est un désastre et cela peut créer au sein d’une structure d’accueil non adaptée, une perturbation pour tous les enfants hébergés et suivis. L’Etat et le Secrétaire d’Etat engagent des moyens afin de répondre à ces manques mais il est nécessaire d’envisager des actions rapides.


Et pour les présidentielles, comment voyez-vous les choses ?

J’ai besoin qu’on nous fasse confiance, qu'on arrête de nous déléguer sans moyens, qu’on nous laisse la possibilité d’agir. Je souhaite que le sujet de l’enfance et de la décentralisation soient au cœur du futur projet présidentiel. Il nous faut des moyens concrets. On est trop tributaires des ministères et du gouvernement. Par exemple pour la rémunération des agents départementaux.