Le tourisme, une compétence partagée, il est parfois compliqué de s’y retrouver

Le tourisme est une compétence partagée et il apparaît parfois compliqué de s’y retrouver entre les trois échelons territoriaux (local, départemental, régional) et les structures liées (Offices de Tourisme, Comités départementaux et régionaux de tourisme), mais aussi les services de l’Etat et ses opérateurs (comme Atout France).


On peut se demander s’il n’y a pas de dispersions de moyens et des concurrences inutiles et coûteuses.

Sans doute conscientes de ces critiques, les trois fédérations historiques des acteurs institutionnels du tourisme, Offices de Tourisme de France, Tourisme & Territoires et Destination Régions se sont regroupées au sein d’ADN Tourisme en mars 2020.


En associant ainsi les représentants des trois échelons territoriaux métropolitains et ultramarins, ADN Tourisme représente, au niveau national, les forces conjuguées de près de 1 200 structures et 13 500 salariés.


Tout en tenant compte des compétences partagées et des activités propres à chaque échelon territorial et dans le respect du code du tourisme, ADN Tourisme a pour objectif de proposer à ses adhérents une offre de services innovante et une expertise de qualité.


Elle a également pour ambition de développer des partenariats forts avec l’Etat et ses opérateurs, ainsi qu’avec les acteurs privés, dans la perspective d’inscrire son action dans un tourisme innovant et respectueux des territoires.


Ses missions sont diverses :

  • Représenter ses adhérents en siégeant dans les différentes instances nationales ;

  • Les défendre grâce à des actions et campagnes de lobbying afin de porter la voix des organismes institutionnels du tourisme sur les problématiques existantes et l’avenir du secteur touristique, négociations de branche et de formation professionnelle ;

  • Animer et informer le réseau dans le but de mutualiser les savoir-faire avec des temps forts annuels de rencontres et d’échanges ;

  • Accompagner ses adhérents dans le développement et l’évolution de leurs activités (promotion, observation, ingénierie…), ainsi que dans leurs démarches de qualification des services ;

  • Participer au déploiement de filières et des marques et labels qui y sont liés (Accueil Vélo, Tourisme & Handicap, Vignobles & Découvertes).

  • Mettre à disposition des adhérents des outils permettant d’analyser leur activité et la touristicité de leurs territoires.

  • Anticiper et accompagner la transformation des organisations et impulser des projets innovants.

Le Bureau exécutif de la fédération comprend un Président et deux Présidents délégués, issu chacun d’un des 3 niveaux locaux.


La Présidence est tournante tous les deux ans. Elle a débuté en 2020 par le collège des organismes communaux et intercommunaux. Elle se poursuivra sous la Présidence du collège des organismes régionaux, puis par une Présidence du collège des organismes départementaux, et ainsi de suite.


La Présidence d’ADN Tourisme est actuellement assurée par Christian Mourisard.


François de Canson et Stéphane Villain en sont les Présidents délégués.


Stéphane Villain, représentant le niveau départemental, a bien voulu nous accorder une interview.


Interview de Stéphane Villain


Stéphane Villain maire de Chatelaillon-Plage

Stéphane Villain, un mot pour vous présenter.

Maire de Chatelaillon-Plage, station balnéaire de la Rochelle, je suis aussi vice-président du conseil départemental de Charente-Maritime et Président de l’organisme de tourisme (Tourisme en Charentes) qui regroupe la Charente et la Charente-Maritime. En effet, il nous semblait important de faire le lien entre Terre et Mer pour avoir plus de poids et d’efficacité. Nous avions décidé ce regroupement (infiniment Charentes) sous la précédente mandature avec le président de Charente, François Bonneau. Philippe Bouty qui lui a succédé, n’en voyait pas l’intérêt au départ, mais nous avons travaillé ensemble sur la complémentarité et il a accepté de poursuivre et a désigné Patrick Mardikian comme Président délégué. Nous sommes précurseurs en la matière. L’Alsace et les Savoies ont la même démarche, mais en France cela reste marginal. Je suis dans le tourisme depuis plus de 20 ans et je constatais ces petites histoires de prés carrés, de concurrence et j’ai beaucoup œuvré pour la création d’ADN dont je suis le Président délégué.


Revenons effectivement un peu sur l’organisation compliquée du tourisme. Il s’agit d’une compétence partagée entre tous les niveaux ? Tout le monde travaille dans son coin semble-t-il. Comment voyez-vous les choses ?

Par la loi NOTRe en 2015, le législateur a confirmé que le tourisme demeurait une compétence partagée entre les différents échelons territoriaux. En son temps, cette question a parfois suscité des débats houleux. Mais il semble indispensable d’aller de l’avant et de dépasser les critiques récurrentes sur le

«millefeuille institutionnel» pour considérer cette compétence partagée sous un angle positif, comme une formidable opportunité pour les territoires de s’organiser librement autour de stratégies convergentes. En effet, chaque échelon est légitime pour intervenir à son niveau et selon ses spécificités. En cela, autant les offices de tourisme, que les comités départementaux et les comités régionaux de tourisme sont essentiels pour jouer un rôle d’interface entre les collectivités, les prestataires, les habitants et les touristes pour créer de la cohérence et des synergies au profit de la valorisation et du développement d’une destination.


C’est l’état d’esprit qui a présidé à la création d’ADN Tourisme, la Fédération des organismes institutionnels de tourisme, en mars 2020, montrant ainsi que cet esprit partenarial pouvait même se concrétiser au niveau national et avoir valeur d’exemple. L’une de ces missions est justement de repérer les bonnes pratiques de collaboration réussie entre les différents échelons au niveau local pour les promouvoir et favoriser leur duplication sur d’autres territoires. Pour faire avancer les choses, il est impératif de s’inspirer des expériences locales, tout en pariant sur l’intelligence collective et c’est la logique de travail que le Conseil d’administration d’ADN Tourisme souhaite promouvoir.


La vocation première de l’Office de tourisme est la proximité. Le Département lui, vend au niveau national et la Région à l’échelon mondial. ADN a remis en place ces marqueurs. Il peut y avoir des doublons, avec certaines villes qui veulent promouvoir des opérations ponctuelles à l’étranger, mais globalement, nous sommes mieux organisés.


Nous sommes très organisés et embrassons tout l’ensemble du tourisme. Et nous parlons d’une seule voix. C’est fondamental pour parler aux ministres. Du reste, Jean-Baptiste Lemoyne, le ministre actuel connaît bien le fonctionnement des Départements il était président du CDT de l’Yonne et siégeait au sein d’ADN.


Au départ, nous venions d’horizons différents et nous avons appris à travailler ensemble. Vous savez, seul on va plus vite, à trois on va plus loin. Chaque collectivité adhérente paie une cotisation (à 99% elles y sont) . Une douzaine de personnes travaillent à ADN au siège.


Au niveau départemental, les organismes paraissent divers et avec parfois des missions très larges. Ainsi, on voit fleurir des agences d’attractivité qui englobent le tourisme mais vont jusqu’à la recherche de médecins. Comment tout cela fonctionne ?

85% des organismes départementaux sont les bras armés du département, mais conservent une vraie autonomie. Certains sont intégrés au sein même des services. Mais pour nous, la bonne formule, celle que l’on prône, est de garder la structure associative qui permet d’agir très rapidement. Tout peut se mettre en œuvre facilement. La forme associative fonctionne bien. Cette réactivité est fondamentale à une époque où Il y a beaucoup de touristenautes à qui nous devons pouvoir répondre rapidement avec des sites adaptés et avec beaucoup d’informations.


Vous avez évoqué les agences d’attractivité. Il faut l’avouer, c’est souvent un moyen de continuer à intervenir sur le segment de l’aide économique. Avant, on aidait les établissements, les investissements touristiques. La loi NOTRe a modifié le système. Par exemple pour financer les gites, on subventionne Gite de France qui, lui-même redistribue.


Bien sûr, il y a parfois des divergences politiques entre les niveaux de collectivités, mais ADN permet aussi de dépasser cela. Nous, par exemple, travaillons bien avec la Région et le Comité Régional de Tourisme, même si nous ne sommes du même bord.


Comment le secteur du tourisme se relève-t-il après la crise ?

Depuis le début de la crise, nos adhérents ont dû s’adapter en permanence et faire preuve de réactivité : tout d’abord, vis-à-vis des clientèles, en proposant de nouvelles offres (visites virtuelles de sites pendant le confinement ou encore offres de tourisme d’ultra proximité) mais aussi dans l’accueil et l’information. Ils ont pu s’inscrire dans le processus de réassurance, comme d’incontournables partenaires de confiance. Ils ont également été présents aux côtés des professionnels de leurs territoires pour les soutenir et les accompagner durant cette période très difficile.


Cette réactivité et cette adaptabilité restent de mise à l’heure de la relance de l’activité car on constate que la crise sanitaire a modifié en profondeur les aspirations des Français pour leurs vacances : un besoin accru de déconnexion, l’hybridation des lieux de travail et de loisirs (avec l’essor du télétravail), l’engouement pour la micro-aventure ou encore un intérêt grandissant pour un tourisme plus responsable. Nos adhérents se positionnent fortement sur ces enjeux (La Fédération a elle-même publié dès septembre 2021 un « manifeste pour un tourisme responsable » avec dix engagements et une trentaine d’actions concrètes) car il apparaît évident que l’activité touristique ne pourra se relever pleinement qu’en effectuant sa mue par la prise en compte de ses nouveaux paramètres.


Alors que les heures les plus difficiles de la pandémie semblent s’éloigner, on peut faire un premier constat : face à la grave crise qui l’a frappé de plein fouet, le secteur du tourisme a su faire preuve d’une grande résilience et, en la matière, le soutien de l’Etat et des collectivités a été décisif pour éviter à de nombreux prestataires de fermer définitivement leurs portes. Toutefois, la partie n’est pas encore gagnée et il faut redoubler d’efforts collectivement pour que cette relance soit durable.


En ce sens, certains signes sont encourageants : le bilan des vacances d’hiver a été satisfaisant, voire très satisfaisant dans les zones de montagne et deux-tiers des Français ont prévu de partir entre avril et juin dans l’Hexagone. Toutefois, si on note un retour bien réel de la clientèle européenne, les clientèles lointaines font encore en partie défaut et les zones urbaines, en particulier, souffrent de leur absence.

Rien n’est jamais gagné, mais la crise a eu cette vertu de nous rendre plus forts et plus déterminés que jamais, devant les défis qui nous attendent !


Comment voyez-vous l’avenir ?

Très bien, car avec les RTT, le loisir a pris de l’importance. La qualité globalement s’est améliorée. Il y a encore beaucoup à faire, notamment d’un point de vue linguistique. L’accueil va continuer à s’améliorer. On suit cela avec des grilles d’évaluation, des inspecteurs mystères…


Le tourisme va évoluer, notamment vers le tourisme durable, favorisant le repos, la tranquillité sans oublier le vélo. Nous étions des précurseurs [Stéphane Villain est Président de France vélo ndlr]. Le touriste à vélo dépense plus aussi (71€ quand un touriste classique consomme 55€). Il ne pollue pas et il consomme. Nous partageons cette volonté politique de développer le tourisme durable.


Enfin, il faut s’adapter. Chaque génération consomme de façon différente. Ainsi certains veulent vivre une expérience et la partager sur les réseaux sociaux. Faire quelque chose que personne ne fera et partager pour dire : c’est exceptionnel. Il devient le journaliste, l’ambassadeur de la destination ou du produit touristique. Nous nous appuyons donc beaucoup sur ces influenceurs. C’est prépondérant, une façon nouvelle de promouvoir. Au-delà des catalogues, des dépliants.


Des réformes nécessaires ?

Le problème principal, ce sont les saisonniers. Des restaurants d’altitude n’ont pas pu ouvrir cet hiver et ce sera la même chose sur le littoral cet été.


Que faire ?

Donner plus à ceux qui travaillent et moins à ceux qui ne travaillent pas ! La formule est un peu rapide, mais le delta entre celui qui travaille et celui qui ne travaille pas n’est pas assez important.

C’est un constat alarmant pour cet été, on aura de gros soucis. C’est le sujet majeur pour l’avenir.