MANAGEMENT ET CONDUITE DU CHANGEMENT

L'INVITÉE DU MOIS : SÉVERINE BATTIN

DIRECTRICE GÉNÉRAL DE SERVICESDU DÉPARTEMENT DE L'ISÈRE

Jean-Marie Martino
Gilles lagarde

Edito :

Séverine Battin est « un pur produit des Départements : la moselle ….. »... Il était donc tout à fait naturel pour nous de l’avoir invitée pour cette rubrique du mois de juin. Depuis 2018, elle est DGS du Département de l’Isère et ses 1,3 M d’habitants, après avoir été Déléguée au Territoires et DGA éducation dans cette collectivité. Son témoignage s’inscrit dans le prolongement de celui de Luc Chaperon sur « le nouveau mandat », mais cette fois-ci il s’agit pour le Président, la majorité et la DGA reconduite d’impulser une nouvelle dynamique. Le choix fait, peut paraitre audacieux : miser sur l’évaluation des politiques publiques ! L’évaluation est vue en Isère comme la réponse pragmatique au besoin de fédérer les acteurs (internes et externes), d’impulser une culture de l’impact des politiques publiques et de la juste dépense. A la devise du Président Jean-Pierre Barbier « on dit ce que l’on fait et on fait ce que l’on dit », la DGS a répondu « encore faut-il le vérifier » et l’a fait !


Gilles Lagarde et Jean-Marie Martino


Quelle est l’expérience de management ou de conduite du changement qui vous a le plus marqué dans votre carrière ?

A l’occasion du renouvellement de l’exécutif, une nouvelle dynamique a été impulsée au Département afin de s’assurer que les politiques qui allaient être menées en matière d’action publique seraient réalisées et feraient l’objet d’une évaluation concrète et mesurable, locale et partagée.


Au-delà de légitimer l’action publique, l’évaluation donne de la lisibilité sur les effets d’une politique publique sur un territoire. Les outils que nous avons élaborés favorisent l’adaptation et la modification de la trajectoire d’une politique publique.


Il s’agit aussi d’un véritable outil d’aide à la décision partagé entre les services, les élus et parfois avec les partenaires. Un exemple qui me vient en tête est celui de l’évaluation du plan numérique dans les collèges, en lien avec l’Education nationale, sur l’impact des dotations de tablettes. Nous avons, à partir d’entretiens semi-directifs, évalué l’appropriation de ces outils au niveau pédagogique par les enseignants, la plus-value pour les élèves, et leurs parents. Cette évaluation a permis d’évaluer si la collectivité devait poursuivre ces investissements, dans quelles mesures et sur quelles modalités logistiques et financières. L’ensemble des acteurs a pu travailler sur le sujet avec des éléments fiables, objectivables d’appréciation.


Il s’agit également d’un outil fédérateur de l’ensemble des acteurs autour d’un projet stratégique, avec des attendus, des questions évaluatives, et des impacts constatés, partagés par tous.


Quels sont les objectifs recherchés ?


L’objectif est quadruple :

  1. Construire des connaissances sur les impacts, les effets des politiques publiques locales dans la société et sur les causes y ayant conduit,

  2. Eclairer les acteurs publics, aider à la décision, développer l’agilité et l’adaptation de l’action publique,

  3. Légitimation et rationalisation de politiques publiques et usage pertinent des ressources,

  4. Stimuler et nourrir le débat démocratique dans une perspective de « rendre-compte » au citoyen.

Quelle est la suite du processus ?


La suite envisagée est de mieux associer les bénéficiaires des politiques publiques départementales à leurs évaluations.


Il est nécessaire de mieux valoriser les résultats des évaluations et de favoriser une diffusion plus large.


Et enfin, il est primordial que nous puissions poursuivre les sollicitations de plus en plus précoces de ce type d’évaluation, dès la conception des projets.


Quel a été votre rôle et vos responsabilités ?

Séverine Battin

L’évaluation des politiques publiques nécessite une acculturation au niveau des services et des élus, de la confiance et de la cohésion au sein des collectifs internes de travail. J’ai donc, en m’appuyant sur la direction de la performance et de la modernisation (DPM) qui m’est rattachée, sensibilisé les élus à l’intérêt d’une telle démarche, en termes d’outil d’aide à la décision et de la maîtrise intégrée des risques. J’ai également rassuré les directions sur l’objectif de telles évaluations qui n’est pas un jugement de la qualité du pilote en charge du projet ou du directeur qui porte la politique publique. Au contraire, cette évaluation doit donner lieu à un éclairage et des préconisations concrètes pour rationaliser l’action ou maximiser sa portée. Nous avons mis en place un Comité permanent d’évaluation des politiques publiques qui réunit les membres de la majorité et de l’opposition, piloté par la 3ème Vice-présidente aux ressources humaines et à l’innovation, la DPM, les directions concernées et les partenaires.


J’ai proposé, en lien avec les services, une programmation des évaluations à réaliser en fonction des enjeux repérés au moment du renouvellement de l’exécutif, tels que par exemple, le 100 % local et/ou bio dans nos cantines, l’impact des soutiens apportés dans le cadre de la politique logement, l’évaluation des mesures éducatives auprès des jeunes…


J’ai également donné la possibilité pour les services de solliciter l’équipe interne d’évaluation pour des travaux réalisés dans leur champ de compétence.


Et enfin, j’ai mis en place, en lien avec la DPM et la DRH, des formations courtes de sensibilisation à la méthodologie de l’évaluation des politiques publiques, à la méthodologie évaluative des élus membres du comité et aux agents de la collectivité.


Cette démarche n’est possible qu’en étant portée par la direction générale avec une impulsion forte.


J’ai récemment mis en place une fonction prospective, toujours dans l’idée de s’adapter aux mutations sociétales. La crise sanitaire a démontré, s’il en était besoin, la capacité des collectivités territoriales à être agile, mais nous nous devons d’évoluer en permanence afin d’être connecté avec notre environnement et les besoins très évolutifs des habitants de nos territoires.


Quels enseignements en tirez-vous ?

L’évaluation des politiques publiques exercées en interne dans notre collectivité participe à la culture commune des agents et des élus quels que soient les métiers exercés ou les mandats.


Cette démarche que nous devons encore renforcée, permet de donner plus de lisibilité à l’action publique départementale et engendre souvent de la fierté de la part des agents pour les actions menées, présentes et à venir.


Il nous faut poursuivre ce type de démarche en lui donnant plus de transparence afin de renforcer le fonctionnement démocratique de notre collectivité.


Votre conseil de lecture ?

« Reinventing organizations » de Frédéric Lalou qui n’est pas un livre sur le management mais plutôt une réflexion sur des organisations inspirantes et porteuses de sens. L’attractivité de nos collectivités en matière de recrutement est un enjeu majeur que seuls, de mon point de vue, la culture des valeurs, la prise d’initiative, le sens donné à l’action publique peuvent relever.


Livre conseillé par Séverine Battin