Tribune par Francois Durovray

"La création des métropoles a bouleversé l’organisation territoriale "


François DUROVRAY Président du Département de l’Essonne
François DUROVRAY Président du Département de l’Essonne

La création des métropoles a bouleversé l’organisation territoriale sans la simplifier pour nos citoyens. Vu des Départements, il est légitime de penser que ces métropoles ont été conçues pour les tailler en pièces. Il est temps de dépasser ce soupçon pour imaginer une collaboration efficace au bénéfice des habitants.


Si personne ne peut nier la pertinence des villes-métropoles dans les domaines de l’innovation, de l’attractivité et de la compétitivité, leur croissance ne doit plus se faire au détriment de leurs territoires voisins.

En France, ces villes-métropoles devenues trop nombreuses n’ont d’ailleurs pas toutes le potentiel ni la masse critique pour être de véritables pôles de rayonnement. En revanche, elles viennent souvent mettre en danger les équilibres territoriaux, tant le législateur les a rendues déconnectées et aveugles aux réalités et aux besoins de leurs zones d’influence.

L’exemple le plus frappant est peut-être celui de la métropole de Bordeaux qui s’est construite aux dépends des habitants de la Gironde, privés d’accès (bientôt au sens propre du terme avec l’avènement des ZFE) aux services, équipements et infrastructures modernes dont la métropole a pu se doter.


Pire, les villes-métropoles ont fait voler en éclat la cohésion sociale et territoriale absorbant des compétences dévolues aux départements. La mise en œuvre des politiques de transition écologique et digitales va encore creuser le fossé entre des villes dites « intelligentes » et des périphéries dont le qualificatif sera tout trouvé.


Pour sortir de cette impasse il faut à mon sens prendre trois mesures :

  • Limiter les compétences des métropoles aux missions métropolitaines avec une meilleure répartition des rôles avec les Régions (enseignement supérieur et recherche, formation, économie…)

  • Exclure les compétences sociales (autonomie, RSA, protection de l’enfance) et territoriales (les routes particulièrement) qui nécessitent une action solidaire et une appréhension à une échelle territoriale plus large

  • Instaurer une péréquation financière des territoires métropolitains vers leurs périphéries, via les départements, dont la vocation est de garantir la cohésion sociale et résorber les fractures territoriales.


Cette démarche serait un premier pas pour rassembler les Français autour d’un projet commun et leur prouver qu’ils ont leur place et un rôle à jouer, où qu’ils vivent, dans un nouveau creuset territorial plus inclusif. Cette réflexion est d’autant plus d’actualité que nos concitoyens tendent à déserter depuis plusieurs années les grandes métropoles au profit des zones rurales ou urbaines, à la recherche d’une qualité et d’un rythme de vie plus simples et moins intenses. Et nous savons que le phénomène s’est encore accru avec la crise sanitaire que nous vivons.

Voilà pourquoi cet enjeu doit sortir du cercle des initiés et irriguer le débat présidentiel qui vient.