TRIBUNE PUBLIC RELATION

« À quelle sauce allons-nous être mangés » ?




Etienne LENGEREAU (Maire de Montrouge), cofondateurs du Cercle des Elus Locaux
Etienne LENGEREAU (Maire de Montrouge), cofondateurs du Cercle des Elus Locaux

Alors que s’ouvre un nouveau quinquennat, la question que la plupart des élus locaux se posent est la suivante :

« à quelle sauce allons-nous être mangés » ?

Car le débat sur l’opportunité d’engager ou non une nouvelle étape de la décentralisation n’a hélas pas eu lieu pendant la campagne présidentielle. Et la question des libertés locales est restée confidentielle malgré la mobilisation de nombreuses associations et acteurs locaux. Chacun a pu constater combien les « corps intermédiaires locaux » avaient été négligés au cours du premier mandat d’Emmanuel Macron. Il est donc nécessaire de s’interroger sur le point de savoir si le Président de la République réélu considère les collectivités locales et les élus locaux comme des partenaires naturels et incontournables de son second mandat.


Qui est en première ligne, chaque jour, pour organiser les solidarités, assurer les services publics du quotidien et continuer d’investir pour équiper nos villes et nos villages ? Les régions, les départements et les communes n’ont jamais baissé les bras face aux crises et aux difficultés. Ensemble nos collectivités ont su trouver des réponses concrètes à la pire pandémie que le monde ait connu depuis bien longtemps.


Ensemble elles ont mobilisé les énergies, inventé de nouvelles solidarités, accompagné les plus faibles et permis au pays de continuer de produire et de tourner. Les 300 milliards d’euros qu’elles dépensent chaque année, soit 12% du produit intérieur brut, sont un moteur nécessaire et vital pour l’équilibre de notre nation. Les 2,5 millions d’agents locaux sont indispensables pour accueillir et nourrir les enfants de nos crèches et de nos écoles, pour nettoyer nos rues, entretenir nos routes et nos espaces publics et nos espaces verts, pour faire fonctionner nos équipements publics culturels et sportifs.


Avec la fin de la pandémie s’achève naturellement la période du « quoi qu’il en coute » et l’heure des comptes ne devrait pas tarder à sonner. Avec une dette et un déficit publics qui sont très largement sortis des clous de l’orthodoxie bruxelloise, notre pays doit se mettre à la diète. Nul doute que les collectivités seront invitées sans délai à contribuer à l’effort d’assainissement des comptes publics.

Les contrats de Cahors seront ils remis à l’honneur ? Les dotations seront elles réduites ? De nouveaux impôts locaux seront-ils supprimés? La taxe foncière subira-t-elle le même sort que la taxe d’habitation ? Quelle que soit la potion, chacun pressent qu’elle sera amère et qu’il faut dès maintenant se préparer à une digestion difficile. Les collectivités devront faire mieux avec moins, et la cure d’amaigrissement sera sans nul doute sévère. D’autant que le retour de l’inflation, lié au contexte international de la guerre en Ukraine, commence à impacter les budgets locaux : hausse des prix de l’énergie, des matières premières et des matériaux, augmentation inéluctable de la masse salariale, premier poste de dépenses de nos collectivités. Pour faire face à l’ensemble de ces nouvelles dépenses contraintes, les marges de manœuvre sont réduites. L’autonomie fiscale des collectivités est réduite à la portion congrue et la dépendance des budgets locaux à celui de l’Etat n’a jamais été aussi grande.


Mais cet exercice nécessaire et inéluctable de redressement collectif de nos grands équilibres ne pourra être accepté par les acteurs locaux qu’à la condition qu’ils soient pleinement associés à la définition des politiques publiques qui vont être engagées au cours de ce quinquennat.

Hugues ANSELIN  Président de Fursac-Anselin)
Hugues ANSELIN Président de Fursac-Anselin)

Avec un peu plus de 500 000 élus locaux, représentants de nos régions, de nos départements et de nos communes, , notre pays dispose d’un formidable atout pour dessiner et mettre en œuvre une large part des solutions que nos concitoyens attendent impatiemment. Alors monsieur le Président, pourquoi négliger ce réservoir de bonnes volontés et de bon sens ? Les élus locaux vous invitent à leur faire confiance, pour réussir avec vous le redressement du pays.


A leur faire confiance dans leur capacité à réduire la fracture sociale, car ils sont les mieux placés avec leurs équipes pour connaître les difficultés de leurs concitoyens en matière de pouvoir d’achat, de santé, d’insécurité, d’intégration, et y apporter des solutions concrètes, efficaces et rapides.


A leur faire confiance pour contribuer à réussir la transition écologique, car ils sont en première ligne pour accompagner leurs concitoyens dans la transformation de leur logement, les inciter à la conversion de leurs véhicules et les convaincre de modifier leurs comportements et leurs consommations.


A leur faire confiance dans la conduite de la politique du logement, grande oubliée du précédent quinquennat. Il s’agit de la première dépense des ménages et les besoins sont considérables. Pour construire les millions de logements que les Français attendent et rénover ceux qui doivent l’être sans tarder pour réduire notre empreinte carbone, les collectivités doivent être encouragées pour libérer du foncier, adapter leurs règles d’urbanisme, encadrer les projets des promoteurs pour aménager des quartiers à très haute qualité de vie. C’est non seulement possible car notre pays compte parmi les plus solides groupes de construction et de promotion immobilières, mais aussi parmi les meilleurs et les plus grandes entreprises de services collectifs et d’équipements publics, qui ne demandent qu’à être sollicités. En matière de construction et d’équipement, il est urgent de sortir du malthusianisme ambiant et de décréter la mobilisation générale pour créer un choc de l’offre qui viendra satisfaire les besoins, fera baisser les prix et alimentera la croissance.


Pour relever tous les défis qui sont les nôtres, au-delà de la question des moyens, c’est la question de la méthode qui sera déterminante. C’est par la confiance réaffirmée envers les élus de la République que le nouveau chef de l’Etat pourra réussir son second mandat.